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Au bazar du genre

L’ex­po­si­tion tem­po­raire “Au bazar du genre — féminin et mas­culin en Méditer­ranée” était vis­i­ble au Mucem du 7 juin 2013 au 6 jan­vi­er 2014. Extrait de la présentation :

Selon le sexe reçu à la nais­sance, chaque indi­vidu se voit attribuer des rôles dif­férents dans la société : le genre désigne cette con­struc­tion sociale. En Méditer­ranée comme ailleurs, l’opposition entre mas­culin et féminin est large­ment fondée sur la dom­i­na­tion des hommes. (…) Pour­tant, aujourd’hui plus que jamais, cet ordre est remis en ques­tion. (…) Cette expo­si­tion évoque ces nou­velles aspi­ra­tions des indi­vidus, et les répons­es que leur appor­tent aujourd’hui les sociétés de la Méditerranée.

J’y ai réal­isé qua­tre info­gra­phies dif­férentes autour des prob­lé­ma­tique de genre dans le bassin méditer­ranéen. Les don­nées ont été assez faciles à rassem­bler pour les deux pre­mières cartes, Lég­is­la­tion et homo­sex­u­al­ité (l’IL­GA mène un tra­vail remar­quable de suivi de la sit­u­a­tion des LGBT dans le monde, par pays) et Droit de vote des femmes (don­nées issues de l’u­nion inter­par­lemen­taire).

Le troisième doc­u­ment présente deux dia­grammes, l’un sur le Nom­bre d’en­fants par femmes depuis 1970 et l’autre sur l’Âge moyen des femmes au pre­mier mariage. On y décou­vre que les taux de fer­til­ité s’ho­mogénéisent pour l’échan­til­lon de pays choi­sis : l’é­cart mar­qué entre les 2,5 enfants par Française et les 7,4 enfants par Algéri­enne, en 1970, se resserre forte­ment pour qu’en 2010, les sit­u­a­tions soient beau­coup plus sim­i­laires tout autour de la Méditer­ranée. Du côté du mariage, on con­state que les femmes se mari­ent de plus en plus tard, quels que soient les pays, du nord ou du sud de la Mare Nos­trum.

Ce dernier dia­gramme a demandé beau­coup de recherch­es doc­u­men­taires et de croise­ments : en effet, il n’ex­iste pas de base de don­nées unifiée et com­plète per­me­t­tant de com­par­er cet indi­ca­teur de 1975 à 2010, ce qui était l’ob­jec­tif fixé. Il a fal­lu affich­er sur le même dia­gramme des courbes aux dates var­iées, cer­taines com­mençant par exem­ple en 1975, d’autres en 1977 ou en 1980. Les courbes tracées indiquent donc une ten­dance plutôt qu’une descrip­tion pré­cise de la réalité.

En me posant la ques­tion de la justesse de ces dia­grammes, j’ai décou­vert un texte — daté mais tou­jours per­ti­nent — du soci­o­logue François de Singly, “Les bons usages de la sta­tis­tique dans la recherche soci­ologique”, paru en 1984 dans la revue Économie et sta­tis­tique. L’au­teur évoque trois effets de con­texte aux­quels la sta­tis­tique peut être par­ti­c­ulière­ment soumise : le con­texte insti­tu­tion­nel (“qui déter­mine le choix et la nature des objets appréhendés”), le con­texte sit­u­a­tion­nel de la saisie des don­nées et le con­texte cul­turel et his­torique des vari­ables dans l’in­ter­pré­ta­tion. En somme, si la carte n’est pas le ter­ri­toire, les chiffres ne sont pas la réal­ité : plus les don­nées sont “sociales” et les thèmes qual­i­tat­ifs, plus la sta­tis­tique est à con­sid­ér­er avec recul.